La grève illimitée des médecins résidents n’est pas sans conséquences. Dans les hôpitaux, nombre de patients rebroussent chemin. Leurs rendez-vous sont annulés.
Rym Nasri – Alger (Le Soir) – Le Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Pacha à Alger ne désemplit pas. Les éternels aller et retour du personnel, des malades mais aussi des visiteurs dans les nombreuses allées du vieil hôpital ne dérogent pas à la règle. Malgré la grève illimitée des médecins résidents, observée depuis maintenant deux semaines, l’établissement continue à vivre pleinement son quotidien. Seul le rassemblement des grévistes à la place du jardin du CHU témoigne d’un mouvement de protestations. Pourtant, les grévistes n’assurent que le service minimum dans les services hospitaliers et les gardes dans les services des urgences. Point de consultations. «Nous assurons le service minimum comme la loi le définit», précise le Dr Mohamed Taileb, membre du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra). En effet, les services des urgences du CHU Mustapha- Pacha continuent à fonctionner au rythme d’avant la grève. Les médecins sont en place et reçoivent les malades. Ici, personne n’est renvoyé. Tous les cas sont pris en charge. Côté consultations des différents services de l’hôpital, c’est la gronde. La grève des médecins résidents se répercute directement sur les malades. Nombre de patients sont déçus, voire en colère. Ils sont refoulés car les consultations ne sont pas assurées par les grévistes et plusieurs rendez-vous ont été annulés. Les médecins spécialistes assistants qui assurent cette tâche n’arrivent pas à absorber le volume des rendez-vous programmés quotidiennement. «J’attendais mon rendez-vous à l’hôpital depuis des semaines. Je devais voir un spécialiste qui suit ma maladie depuis quelques mois maintenant mais aujourd’hui, on me dit qu’il n’y a pas de médecins et qu’ils sont en grève», raconte un quinquagénaire. Se tenant à peine à sa place, il tonne presque : «Ces médecins ont le droit de faire grève mais pas au détriment du malade. Où est le service minimum ?». Un autre patient, visiblement très en colère, enchaîne : «Ils se jouent de nous et de notre santé. Si on est là, ce n’est pas pour se détendre mais pour se soigner. Ces médecins ne pensent qu’à leurs propres intérêts», dit-il tout déçu. Pourtant, souligne le Dr Taileb, cette grève intervient également dans l’intérêt des malades car, explique-t-il, «nous œuvrons pour l’amélioration des conditions de travail qui se répercutera directement sur la prise en charge des malades». Il cite ainsi l’exemple des nombreux malades qui sont morts «bêtement» et qui «auraient pu être sauvés». «Chaque jour, nous perdons des vies humaines en l’absence de moyens nécessaires pour notre travail. Un jour, c’est la boîte de chirurgie qui fait défaut, un autre, c’est ou une panne de scanner, ou carrément la lenteur administrative qui retarde l’ambulance», dit-il dépité. Outre les consultations, cette grève a affecté également le fonctionnement des laboratoires. Ce service roule au ralenti depuis le début du débrayage des résidents. Ici encore, les médecins spécialistes assistants se retrouvent seuls à mener ce service, eux qui étaient aidés par un nombre de résidents. L’activité pédagogique au sein du CHU elle aussi, «subit» la grève de cette partie du corps de la santé publique. Les médecins spécialistes assistants ont ainsi récupéré les cours que dispensaient les médecins résidents à leur place.

source: le soir d’algerie