Le marché des bandelettes en Algérie qui avoisine les 13 millions de boîtes est estimé à 140 millions d’euros, réparti sur une dizaine d’importateurs dont trois détiennent 75% du marché

Le projet industriel d’Imedial Production engagé en mars 2018 avec le groupe Ascencia Diabetes Care, la société japonaise, créée en 2016 suite à l’acquisition de Bayer Diabetes Care par le japonais Panasonic Healthcare Holdings, spécialisé dans la fabrication des bandelettes d’auto-surveillance, vient d’être bloqué par le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.

De nombreuses irrégularités dans ce partenariat ont été révélées neuf mois après la signature du contrat d’investissement, non pas par les services du ministère de la Santé, à savoir la direction générale de la pharmacie, mais par le président du conseil d’administration d’Imedial Production.

La création de cette joint-venture en un temps record avait, rappelons-le, suscité de vives interrogations au sein de la corporation Pharma et des opérateurs privés.

La société Ascencia Diabetes Care Algeria a été créée en février 2018 et un dossier pour un programme d’importation de bandelettes a vite été déposé en mars, alors que la date limite de dépôt des programmes était fixée au 14 octobre 2017 par la note ministérielle du 8 août de la même année. Par ailleurs, un programme d’importation pour les produits d’Ascencia avait été déposé par les laboratoires Biopharm, son distributeur exclusif, conformément à la réglementation, avec qui des négociations ont été engagées pour un projet de fabrication des bandelettes en Algérie. Le projet a été présenté en novembre 2017 au professeur Mokhtar Hasbellaoui par les PDG d’Ascencia et de Biopharm.

En février 2018, le ministre de la Santé reçoit le président d’Ascencia accompagné de son nouveau partenaire local, Imedial Production, dans le cadre aussi d’un projet industriel approuvé et validé par la commission ministérielle le 12 mars 2018, suivi du dépôt de dossier d’importation le même mois. Un véritable exploit du président-directeur général d’Ascencia Diabetes Care Algeria. Ce dossier serait, selon certaines indiscrétions, à l’origine du limogeage du docteur Hafd, alors directeur général de la pharmacie, qui aurait relevé des anomalies.

De nombreuses interrogations sont restées sans réponse jusqu’au 11 décembre dernier : le président du conseil d’administration de Imedial Production sort de sa réserve et crie au scandale pour se démarquer de son partenaire Ascencia Diabetes Care Algeria, une filiale de son groupe, qui aurait falsifié des documents à son insu. Dans un long courrier adressé au Pr Hasbellaoui le 11 décembre, Bella Lyas, le président du conseil d’administration d’Imedial Production, se démarque des agissements de son partenaire Ascencia et l’informe de l’arrêt du projet après avoir saisi ses services qui n’ont donné aucune suite à cette affaire «du fait des attitudes pour le moins peu convenables de notre partenaire», a-t-il écrit. Et de rappeler le mémorandum d’entente entre Imedial Production et Ascencia Diabetes Care AG signé le 23 mars : «Notre partenaire s’est engagé à déployer tous les efforts pour procéder à un transfert technologique dans le but de fabriquer en “full process” les bandelettes réactives ainsi que le montage des lecteurs électroniques en Algérie.»

Revenant sur toutes les démarches entreprises par sa société dans le cadre du respect des engagements pris dans le mémorandum d’entente, le président du conseil d’administration d’Imedial Production affirme qu’à la suite de multiples discussions menées par son staff et lui-même avec son partenaire, «nous nous sommes aperçus de l’absence de sincérité de nos vis-à-vis depuis le refus par le gouvernement algérien et par votre département d’autoriser l’importation des bandelettes pour l’exercice 2018».

Et de signaler que ce comportement s’est matérialisé par l’obligation par Ascencia de nommer le directeur général d’Imedial comme DG d’Ascencia Algérie, «ce que nous avons refusé du fait du conflit d’intérêts, la mise en expédition au port de Marseille de 2,7 millions de boîtes de bandelettes et de lecteurs sans que j’ai été au préalable informé ni consulté sur la faisabilité de cette importation, de conditionner la poursuite du montage du partenariat avec Imedial par l’apport de notre influence sur les autorités algériennes pour l’importation et le dédouanement préalable de quantités de boîtes entreposées au port de Marseille». Pis encore, le président du conseil d’administration d’Imedial fait référence dans son courrier à l’émission d’«un faux procès-verbal établi le 21 février 2018 d’un pseudo conseil d’administration par lequel il a été, aux termes des résolutions adoptées, donné bénéfice à la Sarl Ascencia Diabetes Care Algeria de jouir de manière irrégulière d’une autorisation d’exploitation d’un établissement de distribution de produits pharmaceutiques par remplacement de la dénomination et de la raison sociale d’Imedial Production Spa.

Ce faux procès-verbal a été transcrit par l’étude notariale et soumis à la direction de santé publique ( DSP)». Et de signaler que ce groupe a également procédé par «sa représentation en Algérie à la signature d’un acte de location d’un site à Chéraga en septembre 2018 dans le but de procéder, à l’insu d’Imedial Production, à la demande d’une autorisation provisoire de construction d’une unité de production et à la modification de l’adresse du site original, à savoir Sidi Abdellah, vers la zone d’activité de Chéraga». «Une demande effectuée le 30 octobre 2018 lui a été accordée par la direction générale de la pharmacie le 11 novembre 2018», a-t-il encore indiqué, tout en précisant que «pendant ce temps, les négociations avec nos soi-disant partenaires étaient toujours en cours pour la finalisation des chantiers de Sidi Abdellah». Ainsi, il informe le ministre de la Santé qu’une plainte a été déposée auprès des instances judiciaires algériennes et avoir informé de ces faits graves le groupe PHC Holding, propriétaire d’Ascencia Diabetes Care Holding.

Le président du conseil d’administration d’Imedial relève que sa position à l’égard de l’investissement est «inamovible». «Le représentant d’Ascencia Algérie est en train d’agir pour obtenir un accord du ministère de la Santé pour un conditionnement secondaire des bandelettes. Je n’accepterai aucune révision du projet initial du full process en un moindre projet qui desservirait les intérêts algériens», a-t-il conclu.

A noter que le marché des bandelettes en Algérie, qui avoisine les 13 millions de boîtes, est estimé à 140 millions d’euros, réparti sur une dizaine d’importateurs dont trois détiennent 75% du marché. Outre deux fabricants locaux à Constantine et à Sétif, des autorisations provisoires ont été délivrées par le ministère de la Santé à une dizaine de fabricants.

Source: El Watan