Les trois dernières décennies, une véritable révolution a été réalisée dans la prise en charge des cancers, faisant espérer aux chercheurs de faire passer le cancer, à terme, «d’une maladie mortelle à une maladie chronique».

Il s’agit d’un grand pas pour l’humanité, mais pas toute l’humanité. «La grande humanité», telle que la désigne le grand poète turc du siècle dernier, Nazim Hikmet, en est exclue, celle vivant dans les favelas de Mexico ou Rio de Janeiro, dans les bidonvilles de Calcutta ou de Delhi, dans les milliers de villages africains et même les citoyens du pays le plus riche du monde, les Etats-Unis. Ces populations sont exclues des «traitements innovants», car pauvres, ou vivant dans des pays à faibles revenus ou à revenus intermédiaires, ou vivant dans un pays où les inégalités sociales sont la base même du système.

Or, la santé, en raison de sa nature humaine et sociale, est un facteur de cohésion sociale. C’est pourquoi les sociétés modernes d’aujourd’hui rangent la santé parmi les quatre valeurs majeures qui les fondent, avec l’emploi, la sécurité et le développement durable. C’est pourquoi elles proclament que la protection de la santé de la population constitue une mission régalienne de l’Etat. D’ailleurs, la déclaration 58-30 de l’Assemblée mondiale de la santé en 2005 dit que «tout individu doit pouvoir accéder aux services de la santé sans être confronté à des difficultés financières».

Malheureusement, cette recommandation de l’OMS est battue en brèche dans la prise en charge du cancer, considéré par l’ensemble des pays comme un problème de santé publique. Les inégalités dans le traitement des patients sont dues aux coûts de plus en plus élevés des traitements innovants. L’OCDE déclarait en janvier 2017 : «Les prix menacent l’accès aux soins, l’efficience et la soutenabilité des dépenses de l’Etat»… «C’est remettre en cause l’égalité d’accès à l’innovation et aux meilleurs traitements à l’ensemble des citoyens».

C’est à ce problème donc qu’il faudra trouver des solutions. Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), en collaboration avec l’OMS, «le cancer devrait tuer 10 millions d’humains en 2018. Les pays pauvres déploreront moins de cas que les pays riches, mais la maladie y est plus meurtrière». (cf. Cancer Journal Clinitian du 12 septembre 2012). Ainsi, ce sont les ressources financières, l’organisation du système de santé, le modèle social de chaque pays, qui vont déterminer le pronostic du cancer.

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