Pour les patients, les médecins et la société en général, la santé n’a pas de prix. Par contre, pour les économistes, les gestionnaires, les politiques, elle a un coût. Ainsi, devant l’augmentation continue de la fréquence et l’incidence du cancer, et le prix de plus en plus exorbitant des traitements, aucun pays au monde ne peut faire l’économie d’un débat sur le coût et la prise en charge du cancer, un débat qui va opposer les valeurs éthiques à la loi du monde de la finance, et les chercheurs et cancérologues aux lobbies de laboratoires pharmaceutiques.

C’est par ce débat que l’on peut arriver à un consensus, sinon mondial, tout au moins pays par pays, permettant de sauver la lutte contre le cancer. Ce débat tentera de répondre à une question brûlante : peut-on fixer une limite aux dépenses de la lutte contre le cancer ?

De manière plus directe et brutale, en juin 2009, dans le journal of National Cancer Institute, deux cancérologue américains, les Drs Titi Fojo et Christine Gardy demandent combien vaut une vie ? Ils se basent sur l’exemple d’un médicament qui, administré pendant 18 semaines, permet de prolonger la vie d’un patient de 1,2 mois en moyenne pour un coût de 56 000 euros. La question semble d’un cynisme absolu. Elle est pourtant au centre de réflexion en économie de santé dans les pays industrialisés. La Grande-Bretagne n’a pas hésité à instaurer le système «QALY», évaluant la valeur d’une année de vie à 50 000 euros.

Le Pr Emmanuel Jammes, de la Ligue contre le cancer (LCC), craignant l’application du système en France, pense qu’«il n’est pas éthique de fixer la valeur d’une vie en fonction de critères objectifs…» Ce n’est pas une donnée quantifiable pour le malade. «Comment peut-on décider ou non de donner à un patient un médicament à partir d’une telle grille arbitraire ? »

Le système britannique «QALY» et l’intervention du Pr E. Jammes démontrent la difficulté d’un pareil débat, et ce, d’autant plus qu’au dernier forum de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), en juin 2018 à Chicago, de nouvelles molécules ont été présentées (coût 35 000 à 50 000 euros par molécule) et où le thème phare a été le traitement par immunothérapie (coût : 100 000 à 150 000 euros).

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