ORAN – Une ligne téléphonique. Une ambulance. Des hommes et des femmes, en perpétuel état d’alerte, sont prêts à intervenir pour repousser cette mince limite existant entre le bien-être et la souffrance, la maladie et la santé, la mort et la vie.

Il est 08H45. La sonnerie du téléphone retentit au Service mobile d’urgences et de réanimation (SMUR) de l’EHU 1er novembre d’Oran. C’est le quatrième appel depuis le début de la garde. Un jeune médecin décroche

Dans la salle, le silence s’installe. Deux de ses deux confrères écoutent attentivement la conversation. Le visage du jeune médecin se crispe. Après avoir raccroché, il annonce à ses confrères qu’il s’agit d’une vraie urgence. Un cas AVC selon toute vraisemblance.

L’équipe se prépare en quelques minutes. L’ambulance, équipée de tout le matériel nécessaire pour une prise en charge des cas les plus critiques, en milieu extra hospitalier, est prête à démarrer. A son bord, un ambulancier, un médecin urgentiste et un infirmier. L’équipe s’apprête à aller au secours d’une vIeille dame habitant à Hai Essabah, à quelques kilomètres de l’hôpital.

Vraies et fausses urgences

Le SMUR Oranais , premier service mobile d’urgences et de réanimation à l’échelle nationale, a commencé ses activités en janvier 2017. Il s’agit d’un service destiné à prendre en charge les urgences vitales. Or, sur les 537 interventions effectuées en 11 mois d’exercice, 206 seulement ont concerné des cas graves avec pronostic vital engagé, indique le Dr Brahim Bendelhoum, chef de ce service.

Ainsi 38% seulement des interventions du SMUR concernent des urgences vitales contre 62 % qui auraient pu être pris en charge dans d’autres services. Entre l’urgence ressentie et la situation réelle, il y a parfois une grande différence, explique le Dr Bendelhoum, ajoutant que les familles des malades “paniquent et surestiment parfois l’état de santé de leurs proches”. Il a appelé à cet effet les citoyens à n’avoir recours au numéro du SMUR (041705104) que dans les cas où la vie de quelqu’un est réellement en danger pas pour un excès de fièvre ou une banale chute causant une foulure.

“Parfois, on surestime la situation et parfois, au contraire, on la sous-estime”, soutient le Dr Kamel Boudaoud, médecin-urgentiste au SMUR d’Oran. “Il nous arrive de nous déplacer chez un malade censé avoir un arrêt cardiaque, selon ses proches, et que finalement c’est lui qui ouvre la porte”, dit-il, ajoutant que dans d’autres cas, c’est l’inverse qui se produit. “Il nous est arrivé de nous déplacer pour une urgence jugée moyenne par la personne au bout du fil, et de nous retrouver face à un malade dans un état critique, mourant ou même décédé”.

Il n’y pas vraiment de solution à ces problèmes liés à l’évaluation de la gravité de la situation, si non un travail de sensibilisation sur la mission du SMUR, et les différentes catégories d’urgences comme les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les infarctus du myocarde (IDM), les insuffisances respiratoires, pour ne citer que ceux-là, explique-t-il.

Plus que de simples consultation

Le SMUR est un service d’urgences et de réanimation. Face à la maladie, la souffrance et la mort, les urgentistes, même, s’ils paraissent rester de marbre et insensibles, vivent des émotions très fortes. Quel immense bonheur de sauver quelqu’un d’une mort imminente et quelle hantise de voir un autre mourir, confie le Dr. Redouane Ould Amar.

Le Dr. Boudaoud avoue penser aux malades qu’il a secourus. C’est le cas d’une jeune fille de 28 ans, intoxiquée par un mélange d’herbes médicinales prescrites par un pseudo raqui (guérisseur) et sauvée de justesse. A cette vieille dame, victime d’une chute avec une hémorragie interne, sans que ses proches ne se rendent compte de la gravité de la situation. L’appel survenu quatre jours après l’accident est arrivé trop tard…

“Notre travail au SMUR diffère de celui des urgences ordinaires”, explique le Dr. Boudaoud qui a longtemps roulé sa bosse dans les services d’UMC (Urgences médico-chirurgicales), avant d’intégrer le SMUR.

“Le fait d’aller chez les gens et de rencontrer les membres de leur famille nous permet de tisser des liens avec les patients. Nos déplacements ne sont pas seulement pour de simples consultations. Nous vivons en direct la détresse des familles. Nous apprenons beaucoup de choses sur les patients, leurs conditions familiales et sociales. Des liens se créent forcément”, précise-t-il.

Travailler dans un service mobile, “change un homme”, estime un jeune infirmier, Bencheikh Mohamed Réda. Il avoue avoir appris, en l’espace d’une année de terrain seulement, plus que tout ce qu’il a appris au bout de toute sa vie.

Pour lui, le plus dur au début est de gérer les proches du malade. “Parfois ils fondent tous leurs espoirs sur vous. Ca met de la pression. Parfois ils sont anxieux, parfois agressifs même. Mais il faut parfois les comprendre”, dit-il. Pour gérer ces situations tellement différentes, “il faut savoir s’adapter”, ajoute le jeune infirmier.

Dans ces cas de détresse et d’incompréhension, la présence d’un psychologue est parfois indispensable. “Malheureusement, il est impossible d’avoir un psychologue à bord de l’ambulance pour gérer des proches du malade. Ca fera beaucoup trop de monde”, note le Dr. Bendelhoum. “Trois personnes : un médecin-urgentiste, un infirmer et un ambulancier formé à donner un coup de main si nécessaire, est suffisant, notamment lorsque les interventions se font parfois dans de petits espaces”, précise-t-il.

En dépit des journées parfois longues, marquées par des hauts et des bas, les urgentistes du SMUR de l’EHU d’Oran, rencontrés par l’APS, s’accordent à dire que leur travail “est loin d’être ordinaire. C’est une passion. Il faut aimer son métier pour pouvoir tenir, résister au stress et à la charge du travail. Notre mission est de sauver des vies et atténuer la souffrance”, souligne le Dr. Boudaoud.

source : APS