Eclairage urbain et d’intérieur, écrans, phares de voiture, décoration… les LED sont désormais partout. Or, cette technologie (acronyme de light-emitting diodes , ou diodes électroluminescentes) ne serait pas sans risque pour nos yeux, si l’on en croit une étude parue fin 2016.

“Réalisés chez le rat, nos travaux suggèrent que la lumière des LED induit un stress toxique dans la rétine, qui pourrait favoriser un vieillissement précoce de l’œil et, à terme, la dégénérescence maculaire liée à l’âge, cause de cécité la plus fréquente après 60 ans”, résume l’ophtalmologiste Francine Behar-Cohen (université Paris Descartes). “Les jeunes générations, qui y seront exposées à vie, sont les plus à risque”, alerte sa collègue biochimiste Alicia Torriglia.

D’un point de vue technique, les LED sont à ce jour le système d’éclairage le plus performant. Elles sont d’abord peu énergivores, avec des rendements atteignant 150 lm/W (lumens par watt), contre 50-100 lm/W pour les ampoules fluocompactes (les plus performantes après les LED). Elles durent aussi cinq fois plus longtemps que leurs concurrentes : jusqu’à 50 000 heures.

Leur technique de fabrication la plus courante (car la moins onéreuse) consiste à couvrir une diode bleue de phosphore jaune, pour convertir la lumière bleue en lumière blanche. Contrairement à la vraie lumière blanche, naturelle ou artificielle (mélange équilibré de bleu, de vert et de rouge), celle des LED comprend donc une forte proportion de lumière bleue. Or, justement, c’est elle, la plus énergétique, qui pose problème.

Les neurones rétiniens détruits
Plusieurs études antérieures, comme celle de l’équipe suédoise de Jiang-mei Wu, en 1999, avaient déjà démontré la nocivité de la lumière bleue pour la rétine. Et en 2010, un rapport de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) pointait déjà le possible danger des LED. L’Institut de la vision avait également contribué à l’alerte en 2013, publiant une étude sur des animaux exposés à de fortes doses de lumière LED : cela détruisait ni plus ni moins des cellules de leur rétine ! La nouvelle étude confirme l’existence de dégâts, mais avec une exposition moins intense.

De plus, les travaux antérieurs portaient sur la lumière bleue en général, et non sur les LED elles-mêmes. En outre, les conditions d’expérimentation y étaient extrêmes, avec une intensité d’éclairage de plus de 3 000 lux, alors que le niveau habituel dans les habitations est de 500 lux. La nouvelle étude a donc analysé les effets des LED dans des conditions d’utilisation normales.

Etablir des limites devient urgent
Pendant un mois, et à raison de 12 heures par jour, les chercheurs ont soumis des rats à un éclairage aux LED de 500 lux. Puis l’équipe a analysé la rétine des animaux. Et, fait inquiétant, décelé des signes de “stress oxydant” en la présence d’une protéine, la GFAP, produite quand la rétine subit un stress toxique. A l’inverse, l’exposition à d’autres types d’éclairage (lampes fluorescentes, LED vertes) n’a occasionné aucun dommage…

“Puisque les LED deviendront bientôt la source de lumière prédominante dans notre environnement domestique, il devient urgent d’établir une façon sûre de les utiliser” , concluent les auteurs. En attendant d’en savoir plus, mieux vaut suivre les recommandations émises en 2010 par l’Anses. L’agence conseillait, entre autres, d’éviter d’éclairer avec des LED les lieux fréquentés par les enfants, car leur cristallin, très transparent, les rend particulièrement sensibles à la lumière bleue.

Les LED diffusent une lumière intense à bas coût et ont donc envahi notre quotidien. Mais leur richesse en lumière bleue peut endommager la rétine.

D’après Science & Vie Questions-Réponses n°28